Un échange en ligne sur le Protocole de Maputo, 23 ans après, initié par le Centre ODAS, le 6 août, a révélé quelques défis rencontrés dans la protection des droits des femmes en Afrique.
Un échange en ligne sur le Protocole de Maputo, 23 ans après, initié par le Centre ODAS, le 6 août, a révélé quelques défis rencontrés dans la protection des droits des femmes en Afrique.
La portée du protocole de Maputo dans la reconnaissance des droits des femmes n’est plus à démontrer, comme l’ont relevé les différents intervenants lors du webinaire organisé le 6 août dernier par le Centre ODAS. « Le Protocole de Maputo augmente la reconnaissance des droits sexuels et des droits de la santé de la reproduction. Son article 14 alinéa 2 existe dans bien des constitutions et lois nationales », indiqué Njokabi Njogu, féministe vivant au Kenya. Celle-ci indique que dans les pays anglo-saxons, ce texte permet de demander plus de droits afin de promouvoir l’élimination des violences obstétricales.
Allant dans le même ordre d’idées, Bethyloko Faye, membre de l’association des juristes du Sénégal ajoute : « le Protocole de Maputo a permis d’avoir la loi sur la parité au Sénégal en 2010 ; aujourd’hui, il y a déjà des femmes maires. C’est un document pour la femme ; il a pris en compte les problèmes des femmes. Le Sénégal a un problème sur l’avortement médicalisé. Or, il doit être pratiqué en cas de viol, d’inceste ou lorsque la santé physique et mentale de la femme est en danger. Nous allons souvent dans les médias pour rappeler à l’Etat ce que prévoit ce texte qu’il a signé. »
Grâce aux actions de mobilisation des organisations de la société civile et des organisations non-gouvernementales, l’on note des avancées dans l’appropriation de ce texte. Salematou Baldé, militante féministe, basée en Côte d’Ivoire peut en témoigner. « La jeune génération s’approprie le Protocole de Maputo. L’Afrique dispose d’un bel instrument pour les droits des femmes. Lorsque nous allons travailler sur le terrain, nous évitons au maximum de commencer à parler du Protocole de Maputo au public que nous allons sensibiliser. Nous lui parlons de ses problèmes au quotidien. Avec les jeunes filles malvoyantes, souvent marginalisées avec peu d’espace d’expression, par exemple, nous évoquons la dignité menstruelle et de difficultés de communication qu’elles rencontrent. Les jeunes générations parlent de plus en plus de ces questions. Le Protocole de Maputo est vivant et nourrit les générations », affirme-t-elle. Pour elle, le mouvement féministe a beaucoup contribué et continue de le faire.
Les pays ont leurs propres réalités, certes, mais il est question pour eux, selon les intervenants, d’assumer leurs responsabilités au lieu de penser que le protocole ne s’aligne pas à nos cultures, qu’ils s’assurent que les dispositions de ce texte sont appliquées. Malheureusement, les plaidoyers des organisations de la société civile et ceux des organisations non-gouvernementales n’épousent pas toujours le dernier mot qui revient à l’Etat.
Njogu ne comprend pas pourquoi certains trouvent que ce texte va à l’encontre des cultures africaines, alors qu’il a été conçu pour combler le gap qui existait dans le respect des droits des femmes contenu dans la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples signée à Banjul. Et Salematou Baldé dit ne pas voir d’opposition entre les droits et les valeurs « C’est de leurs valeurs que sont partis les Africains pour élaborer le Protocole de Maputo. L’autonomie corporelle de la femme ne doit pas se négocier. On dit souvent que les féministes sont instrumentalisés, quelle valeur est protégée lorsque des femmes meurent des suites d’avortements non-médicalisés, lorsqu’une jeune fille ne peut pas aller à l’école faute de moyens de protection pendant sa période menstruelle ?», s’indigne la féministe.
« Contrairement à d’autre pays, au Burkina Faso, les ONG et les associations peuvent directement porter plainte à la Cour africaine des Droits de l’Homme en cas de violation des droits », révèle Hassana Traoré, juriste et féministe à Ouagadougou. Toutefois, cette dernière propose, les victimes des violations des droits peuvent rédiger des plaintes et les rassembler pour enclencher une procédure auprès de la Cour internationale des Droits de l’Homme. Par ailleurs, les ONG peuvent fournir leurs rapports parallèles et l’Etat sur la mise en application des droits. Des juridictions peuvent interroger le Protocole de Maputo ; pourquoi les femmes doivent-elles apporter des preuves en cas de viol quand on sait que pour la préservation de leur dignité, celles-ci ne peuvent pas dénoncer des actes d’abus qu’elles subissent ? Etant donné que l’accès à la santé est un droit, le personnel de santé doit simplement se contenter de s’occuper de la victime de viol ou d’avortement non-sécurisé plutôt de s’attarder sur les raisons et d’autres commentaires. Le protocole de Maputo connaît des fortunes diverses. Barrières socio-culturelles et religieuses par-ci, blocages politiques par-là. Ce qui fait qu’il y a encore des pays qui ne l’ont pas signé et d’autres ne l’ont toujours pas ratifié. Il connaît un problème de compréhension et de maitrise, même par le personnel judiciaire. Lorsque les responsables des différentes administrations travaillent en rangs dispersés, il est difficile d’avancer. Il est donc important de créer une synergie entre les différents ministères qui interviennent dans l’amélioration des droits sexuels et des droits de la reproduction. Toutefois, ces limites ne doivent pas constituer des fatalités
Like
Dislike
Angry
Sad
Funny
Wow
Amélioration de l’accès aux ressources : avec l'incontournable ’agriculture durable,
11/10/2024Travaux scientifiques : comment améliorer l’utilisation des résultats coince
21/09/2024Plan d’occupation des sols : Arme contre l’accaparement des terres
30/03/2024Ce site nécessite l'autorisation de cookies pour fonctionner correctement.

Commentaires 0