Cet appel a été lancé lors du webinaire de réflexion des acteurs non étatiques (ANE) consacré au Forum ministériel de la BAD sur les minéraux critiques, organisé le 24 juillet 2026 par la Coalition africaine pour l'énergie durable et l'accès (ACSEA) et ses partenaires.
Cérès Belinga avec ACSEA
Soixante6dix participants ont effectivement assisté au webinaire tenu sur le thème : « Des engagements politiques à la prospérité africaine : perspectives de la société civile sur la valorisation et les chaînes de valeur des minéraux critiques », le 24 juillet dernier.
Cette initiative de la Coalition africaine pour l'énergie durable et l'accès (ACSEA) et ses partenaires faisait suite au Forum ministériel sur les chaînes de valeur et la valorisation des minéraux critiques, organisé conjointement par la Banque africaine de développement et l'Union africaine à Abidjan le 10 juillet dernier. Les acteurs non-étatiques, plateforme permettant d’examiner comment traduire en actions inclusives et durables les engagements politiques issus de ce Forum ont saisi cette occasion d’échanges pour adresser des recommandations.
Le Dr Augustine B. Njamnshi, directeur exécutif de l'ACSEA, qui a prononcé le mot d’ouverture, a rappelé que les minéraux critiques de l'Afrique devaient soutenir le développement du continent avant de servir les industries étrangères. « L'Afrique possède d'importantes réserves de cobalt, de lithium, de cuivre, de graphite, de manganèse, de nickel et d'autres minéraux essentiels aux transitions énergétique et numérique mondiales. Toutefois, une grande partie de cette richesse continue de quitter le continent sous-forme brute ou très peu transformée », a-t-il fait constater.
Le Dr Njamnshi a donc invité à une valorisation locale, à une protection environnementale stricte, à une gouvernance transparente des ressources minérales ainsi qu'à une participation significative des travailleurs et des communautés. Il a également exhorté la société civile à dépasser le stade de la réflexion pour élaborer des actions de plaidoyer concrètes, capables d'influencer les politiques à l'échelle du continent.
Pour sa part, Dineo Majavu, responsable de programme au Centre de compétences syndicales pour l'Afrique subsaharienne de la Fondation Friedrich-Ebert (Friedrich-Ebert-Stiftung), en plaçant les travailleurs au cœur du débat, a soutenu que la question cruciale n'est pas simplement de savoir à qui appartiennent les minéraux africains, mais qui en tire profit. Elle a appelé les syndicats à participer aux décisions concernant la politique minière, l'approvisionnement local, la santé et la sécurité au travail, la protection de l'environnement et la transition juste.
La valorisation doit aller au-delà des simples usines de transformation
Bien que modérateur de la discussion, Eugene Nforngwa, directeur des programmes de l'ACSEA, n’a pas manquer d’avertir que l'implantation d'usines de transformation en Afrique ne mettrait pas automatiquement fin aux modèles économiques extractives. Pour lui, la valorisation resterait incomplète si la propriété, la technologie et les profits demeuraient hors d'Afrique, alors que les communautés continueraient de subir pollution, déplacements, pauvreté et accès limité à l'énergie ainsi qu'aux services de base.
Cet échange a alors permis de plaider pour une conception plus large de la valorisation, prenant en compte la propriété et le contrôle de la valeur créée, la répartition des emplois et leur qualité, la participation au processus décisionnel ainsi que la prise en charge des coûts environnementaux et sociaux.
Elijah Chiwota, du syndicat mondial IndustriALL, a indiqué que la qualité et la sécurité de l'emploi devaient primer sur les chiffres bruts de création d'emplois. Il a appelé à garantir des salaires décents, la liberté syndicale, la négociation collective, la protection sociale, des conditions de travail sûres ainsi que la formalisation de l'exploitation minière artisanale et à petite échelle.
Mkhululi Nkosilamandla Ncube, du Centre africain pour le développement des minéraux (AMDC), a fait valoir que l'Afrique disposait déjà de cadres politiques importants, notamment la Vision minière pour l'Afrique et la Stratégie africaine pour les minéraux verts. Le défi consiste désormais à faire en sorte que ces cadres profitent aux communautés, aux entreprises africaines et aux investisseurs locaux.
Le Dr Marit Kitaw, de la Commission économique pour l'Afrique des Nations Unies, s'est montrée optimiste quant à la possibilité que l'Afrique approche d'un véritable tournant politique. Elle a noté que le débat évolue : il ne s'agit plus de savoir si l'Afrique doit valoriser ses ressources minérales, mais plutôt de déterminer comment organiser, financer et mettre en œuvre des chaînes de valeur régionales.
Elle a plaidé en faveur d'une spécialisation régionale, d'un renforcement de la recherche et de l'innovation, d'un transfert technologique volontariste et d'une coopération entre les institutions des secteurs minier, financier, commercial, industriel et des infrastructures.
Les femmes et les communautés doivent être reconnues comme titulaires de droits
Memory Zonde-Kachambwa, directrice exécutive de FEMNET, a souligné que l'industrialisation et la transition énergétique ne sont pas neutres du point de vue du genre.
Elle a mis en évidence la charge de travail de soins non rémunéré qui pèse sur les femmes, leur exclusion de la propriété et des processus de décision, ainsi que les déplacements de population, la pollution et les violences fondées sur le genre subis par certaines communautés minières.
Elle a appelé à l'élaboration de contrats tenant compte de la dimension de genre, à l'accès des femmes à la propriété d'entreprises à plus forte valeur ajoutée et à des investissements dans les services de garde d'enfants, l'accès à l'eau potable, l'éducation, les transports sûrs et d'autres infrastructures publiques.
Appolinaire Zagabe Kamanyula, du Réseau sur le changement climatique en RDC, a partagé les expériences de communautés touchées par l'exploitation minière en République démocratique du Congo.
Il a structuré les préoccupations des communautés minières autour de quatre questions clés : qui décide ? qui en tire profit ? qui supporte les risques ? et qui veille au respect des règles ?
Il a réclamé la participation des communautés dès l'étape de l'octroi des licences, l'accès du public aux contrats miniers, des mécanismes contraignants de partage des bénéfices, un suivi environnemental, des emplois décents, le transfert de technologies, la restauration des terres et des sanctions contre les entreprises violant les lois nationales et les droits des communautés.
Les résultats du sondage confirment les priorités des participants
Le sondage réalisé lors du webinaire a conforté bon nombre des points soulevés au cours de la discussion.
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