Pour en savoir plus, la Task Force média DSSR Afrique francophone a organisé un atelier en ligne le 4 juin dernier.
Pour en savoir plus, la Task Force média DSSR Afrique francophone a organisé un atelier en ligne le 4 juin dernier.
Il suffit aujourd’hui d’un clic pour passer un message qui atteint une large audience. Ceci grâce au numérique dont les avantages ont été reconnus par toutes les animatrices de l’atelier en ligne organisé par le Task Force media DSSR (Droits de la santé sexuelle et de la santé reproductive) le 4 juin dernier.
Un atelier organisé avec l’appui du Centre ODAS.
« Le thème retenu : "Militer à l’ère du numérique : sécurité, visibilité et vulnérabilité des défenseurs des droits reproductifs", s’inscrit dans un contexte où, bien qu’offrant la possibilité de diffuser des informations sur les droits sexuels et reproductifs qui ploient encore sous le poids de censures socio-culturelles dans nombre des pays, ceux qui défendent ces droits n’échappent pas aux cyber-attaques, au harcèlement en ligne, à la surveillance numérique ainsi qu'à des poursuites judiciaires fondées sur des lois répressives sur la cybercriminalité ou les "bonnes mœurs" », a indiqué, dans son mot d’ouverture de l’atelier, le Coordonnateur de la Task Force media DSSR.
Benn Michodigni a situé cette activité, modérée par Olive Fleur Oussougoé, féministe, journaliste et membre de la Task Force media au Bénin, dans le cadre de la commémoration en différé de la Journée mondiale de la liberté de la presse et animée par trois militantes des DSSR.
Juriste et militante des DSSR au Sénégal, Amy Sakho a débuté le plaidoyer sur l’avortement il y a 13 ans et elle a coordonné le comité de plaidoyer pour le droit à l’avortement sécurisé dans son pays de 2013 à 2021.
Avec l’arrivée du numérique, la tâche s’est facilitée, lui permettant de gagner en temps, en ressources financières pour les plaidoyers, en visibilité et en audience.
« Avec le numérique, nous avons tellement d’opportunités qui nous permettent de faire un maillage, d’être visible, d’aller au-delà des frontières, d’avoir des réseaux mais aussi de ne pas avoir besoin de beaucoup de ressources financières », a reconnu Amy Sakho.
Pendant son mandat à la coordination du comité pour le plaidoyer, la juriste a connu des attaques pendant des émissions dans les médias traditionnels.
Mais en 2021, alors même qu’elle n’est plus coordonnatrice du comité qui avait lancé une campagne de communication sur les cas d’inceste et de viols avec des témoignages des victimes, Amy Sakho sera victime de désinformation.
« Un mouvement religieux anti-droits en collaboration avec un site sur YouTube a réalisé un film documentaire alimentant la désinformation sur le comité de plaidoyer et sur moi, personnellement en tant que coordonnatrice. Ils ont dit que lors d’une conférence internationale dans un pays étranger, j’ai signé des documents pour dire que nous ne voulons plus que les femmes sénégalaises fassent des enfants et que nous militons pour l’avortement », a-t-elle rapporté.
Amy Sakho a pu constater que la fiche de présence brandie par ses détracteurs existait effectivement mais ne correspondait pas à l’évènement dont il était question dans leur récit qui a eu plus de quatre millions de vues. Ce qui démontre la capacité de nuisance des mouvements anti-droits, rappelle la juriste.
La censure des contenus de qui que ce soit sur les DSSR n’est pas en reste.
Martha Dimitratou travaille dans un mouvement pour les droits numériques aux États-Unis et ailleurs dans le monde.
« Nous essayons d’aider des comptes de certaines organisations à se remettre en ligne. Nous avons constaté une hausse dramatique de la censure des informations liées à la santé sexuelle et reproductive », déplore-t-elle.
Elle révèle que son organisation a été sollicitée pour l’aide au rétablissement de plus de 400 comptes censurés pour la seule année 2026.
« Des centaines d’autres subissent ce sort dont ceux des gens qui n’ont pas les moyens de se faire assister. La question est problématique parce que Meta devient de plus en plus hostile à la restauration des contenus censurés. La plupart des comptes sur les DSSR et l’avortement peinent à être récupérés », indique Martha Dimitratou.
Celle-ci s’inquiète de la montée de l’auto-censure observée chez certains créateurs de contenus qui refusent de récupérer leur compte de peur de les revoir censurés.
Comme l’a indiqué Bibiche Mbete, panéliste, féministe et journaliste, membre de la Task Force media en République Démocratique du Congo, parce que les questions de droits sexuels et reproductifs touchent aux normes sociales, culturelles, religieuses et même à l’intimité des individus, elles sont très sensibles.
Il faut donc « utiliser des informations avec des données scientifiques fiables, basées sur des rapports reconnus, sur des déclarations des experts », conseille-t-elle.
Pour Bibiche Mbete, la crédibilité est un outil contre les attaques numériques.
Il faut utiliser un langage simple, adapter le narratif aux réalités, expliquer les jargons médicaux et juridiques.
« Partir des exemples concrets, placer l’humain au centre, diversifier les formats (...) avoir le consentement des victimes qui témoignent, garder leur confidentialité et leur anonymat pour les protéger des attaques », insiste-t-elle.
Amy Sakho ajoutera qu’il faut collaborer avec des militants permanemment présents sur la toile.
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