Une réalité mise en exergue par la société civile dont le Centre pour l’environnement et le développement et le Réseau pour la promotion de l’agroécologie au Cameroun mérite une attention particulière des autorités avant l’entrée en vigueur en décembre 2026, du Règlement de l’Union européenne sur la déforestation.
La culture du cacaoyer est l’un des moteurs de déforestation au Cameroun. En zone forestière, ce sont des grandes superficies qui sont détruites et remplacées par cette culture qui, néanmoins constitue une source de revenus importante pour ceux qui la produisent et des recettes pour l’Etat (presque 1000 milliards de FCFA (200 millions $US) encaissés pour l’exportation des fèves pour la seule année 2024 où le kilogramme a été acheté à 5000 FCFA (10 $US), voire plus au producteur). Il est alors de bon ton que le Règlement de l’Union européenne sur la déforestation (RDUE) 2023/1115 de 2023 interpelle les acteurs de cette filière. Une filière qui n’a de cesse d’attirer des grands investisseurs aux côtés des petits que sont les jeunes et surtout les femmes. Le sort de ces petits producteurs n’a pas laissé indifférents les acteurs du Réseau pour la Promotion de l’Agroécologie au Cameroun (REPAC), qui récemment a publié une note exprimant sa position interrogeant les autorités camerounaises sur le sort réservé aux petits producteurs et spécifiquement aux femmes.
La note REPAC que l’on peut retrouver à l’adresse agroecology-cmr.org arrive après l’étude réalisée par le Centre pour l’environnement et le développement (CED) et son partenaire, l’Organisation non-gouvernemental Fern. Intitulée : « Les femmes, pilier de la production du cacao au Cameroun » l’étude publiée en janvier 2026 a été conduite dans dix localités des régions du Centre, du Sud et de l’Est. Le travail montre comment les femmes, maillon agricole incontournable dans le travail de la terre de l’écabossage de l’organisation de la main-d’œuvre restent invisibles pour ce qui est des registres fonciers, des instances de coopératives, des contrats commerciaux, ou de la répartition des revenus. Selon l’étude CED-Fern 20 à 30% des recettes du cacao sont presque totalement affectées aux dépenses domestiques. Les hommes sont en majorité ceux qui décident des investissements et de la constitution du patrimoine. La situation d’insécurité foncière pour les femmes dans la filière cacao n’est pas à exclure. 87% de 191 d’entre elles faisant partie de l’échantillon dans le cadre de cette étude ont reconnu être en insécurité foncière. Rien de très surprenant, car a reconnu un responsable d’une association de promotion des droits des femmes au Cameroun, « globalement, les femmes sont restées comme des locataires de terres au Cameroun, malgré la loi qui leur reconnaît les mêmes droits en la matière que les hommes. C’est ce qui les réduit à la pratique des cultures vivrières à cycle court. » Comment vont-elles s’adapter dans ces conditions, si la preuve d’un droit de propriété foncière sur une parcelle en une exigence ? elles dont 68% de 191 interrogées pense que le RDUE quand elles ne sont pas simplement ignorantes de son existence.

Manuel de diligence raisonnée
Le RDUE impose désormais des mesures de traçabilité et de durabilité pour tout cacao produit après 2020 et vendu sur le marché européen. Le règlement semble œuvrer en faveur des vieilles plantations. Le Cameroun a pris des mesures pour s’arrimer à cette nouvelle donne avec des ajustements au travers de la production d’un Manuel de diligence raisonnée par l’Etat Camerounais qui en assure le respect. Et c’est au Conseil Interprofessionnel du Cacao et du Café (CICC) qu’incombe la géolocalisation de l’ensemble des parcelles du territoire. Les exportateurs pourront se partager les données sur la géolocalisation grâce à la plateforme GEOSHARE a été mise en place pour permettre aux exportateurs d’échanger des données de géolocalisation. Le 30 décembre 2026 est la date d’entrée en vigueur du RUED au Cameroun.
Sauf qu’à en croire le REPAC, certaines irrégularités ont déjà été observées, notamment la géolocalisation effective des cacaoyères. En effet, tandis que le CICC annonçait avoir géolocalisé près de 550 000 parcelles, la note du Réseau pour la Promotion de l’Agroécologie au Cameroun indique que des cultivateurs du village d’Ekombité, rencontrés par le REPAC, témoignaient n’avoir jamais fait l’objet d’une opération de géolocalisation et disaient ne pas savoir grand-chose sur ce concept.
Jusqu’ici, la géolocalisation, ou du moins, la propriété des données recueillies, reste l’affaire des seuls exploitants (acheteurs) qui ne les partagent même pas avec les détenteurs des cacaoyères, comme se sont confiés de nombreux producteurs au REPAC. La production annuelle nationale du cacao est de 300 000 tonnes et le Cameroun lorgne 640 000 tonnes à l’horizon 2030. Difficile de se défaire de la déforestation dans certaines localités du pays où cette pratique est encrée dans les mœurs. Or, la protection de l’environnement figure dans la trentaine d’exigences du Manuel de diligence raisonnée qu’impose la conformité au Règlement de l’Union européenne sur la déforestation ; les droits fonciers et le droit du travail y figurent également. Quand on revisite les pratiques dans le domaine de la cacao-culture où souvent le recrutement des ouvriers se fait en famille et de façon informelle avec les parcelles les moins intenses avoisinent cinq hectares sans oublier que les plantations occupent parfois les forêts du domaine forestier permanent, il y a lieu de rejoindre l’inquiétude du REPAC qui voit déjà la résiliation de plusieurs producteurs du registre. L’urgence d’examiner le sort des petits producteurs, les femmes spécifiquement, avant le 30 décembre 2026 est plus que jamais signaler.
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