Le primatologue Dr Ekwoge Abwe et Amy Bond de Gorilla Doctors, qui la préconisent, ont partagé leur expérience avec des membres du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone le 24 janvier au cours d’un webinaire.
Le primatologue Dr Ekwoge Abwe et Amy Bond de Gorilla Doctors, qui la préconisent, ont partagé leur expérience avec des membres du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone le 24 janvier au cours d’un webinaire.
Dr Ekwoge Abwe travaille depuis 2004 sur les grands singes dans la forêt d’Ebo au Cameroun ; il a observé que des chimpanzés dans cet espace cassaient des noix avec des pierres comme des humains ; un caractère qui se retrouvait jusque-là seulement chez les grands singes de l’Afrique de l’Ouest, en Guinée et en Côte d’Ivoire, précisément. « L’Etat du Cameroun, même s’il n’a pas ratifié la convention sur les gorilles, soutient ce primatologue, prend des mesures pour protéger les grands singes à travers la création des aires protégées ; sauf que ces espaces n’abritent pas tous les primates. Beaucoup sont dans les forêts et subissent la destruction de leurs habitats par des promoteurs des grands projets agroindustriels, miniers, infrastructurels ainsi que l’exploitation forestière anarchique ».
Prévu pour durer une heure, l’entretien en ligne entre le primatologue Dr Ekwoge Abwe et Amy Bond de Gorilla Doctors et des membres du Réseau des journalistes scientifiques d’Afrique francophone, et d’autres associations des hommes et femmes des médias, le 24 janvier, s’est achevé 40 minutes plus tard. Tant les aspects abordés sur la conservation des grands singes étaient intéressants. Selon le Dr Ekwoge Abwe, jusqu’en 2022, la communauté scientifique mondiale ne savait pas qu’il existait une population de grands singes à Ebo et c’est là-bas que l’on découvrait pour la première fois, avec le partage de connaissances de la communauté, ce sous-groupe qui cassait des noix avec des pierre. Pour lui, « Il faut travailler avec les populations riveraines qui connaissent mieux les problèmes des primates. Parfois on voit des villageois comme des ennemis ; or, ils ont des connaissances que les scientifiques n’ont pas. Ces villageois qui vivent avec les animaux depuis des années ont eu les moyens de les détruire mais, ils ne l’ont pas fait. On doit normalement voir comment on peut bien conserver en collaborant avec eux. Les destructeurs de la nature sont plutôt les investisseurs et les scientifiques, pas les villageois », a-t-il martelé. « Les gens pensent toujours que la conservation est un frein à leur bien-être. On n’a pas développé le potentiel en Afrique centrale, contrairement à l’Afrique australe où l’écotourisme rapporte des devises même aux riverains. Le Cameroun n’a pas ratifié le Gorilla Agreement (Accord sur les gorilles conclu en 2007 et mis en œuvre en 2008 NDLR) », a ajouté le Dr Ekwoge.
900 consultations médicales des gorilles, 260 interventions cliniques
Pour abonder dans le même sens, Amy Bond, responsable de la communication de Gorilla Doctors a montré le bien fondé de la conservation participative avec des exemples du partage des retombées issues de l’écotourisme dans des pays comme l’Ouganda. Cette organisation créée en 1986 pour assurer le suivi médical des gorilles de montagnes, particulièrement, compte déjà 900 consultations médicales des gorilles, 260 interventions cliniques et fait éviter des pièges 12 fois.
« A Ebo, les relations homme-faune s’harmonisent progressivement avec l’existence des clubs des amis des gorilles. Constitués des populations riveraines, ces clubs interviennent dans la surveillance (chaque mois, deux membres descendent sur le terrain pour vérifier s’il y a des pièges. Avec des caméras en cas d’indices de pièges, les agents du ministère des Forêts et de la Faune sont informés et ils descendent désactiver les pièges qui ont été tendus). Ils font de la sensibilisation. Grâce à ce travail, aucun gorille n’a été tué à Ebo depuis 2008, les champs des riverains sont à une distance importante des habitats des singes »
« A Ndom, après l’attaque des hommes par des chimpanzés, l’Etat voulait abattre les animaux mais grâce à un travail scientifique, il a été découvert qu’il y avait une pression sur l’habitat des singes à l’augmentation du prix du cacao. Nous pensons qu’il faut travailler avec les villageois pour avoir des informations utiles, limiter les espaces des plantations des riverains. Il faut promouvoir l’écotourisme par des collectivité territoriales décentralisées pour leur épanouissement. Laisser les primates tranquilles avec nos activités. Les études d’impact environnemental et social permettent de déterminer la zone au-delà de laquelle une activité proche d’un habitat de primates ou de tout autre animal protégé ne doit pas s’installer. Normalement, lorsqu’un grand projet est financé par des banques soucieuses du développement durable, toute zone abritant des grands singes et d’autres animaux protégés est critique. La banque envoie le porteur de projet vers l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) pour des informations nécessaires. Malheureusement, beaucoup de projets sont financés par les groupes de promoteurs qui n’ont pas besoin de l’argent de la banque et tout se complique », déplore le primatologue.

Amy Bond

Dr Ekwege Abwe
Like
Dislike
Angry
Sad
Funny
Wow
Travaux scientifiques : comment améliorer l’utilisation des résultats coince
21/09/2024Plan d’occupation des sols : Arme contre l’accaparement des terres
30/03/2024Ce site nécessite l'autorisation de cookies pour fonctionner correctement.

Commentaires 0