A quelques quatre années de 2030, pour l’évaluation de la mise en œuvre de la résolution de l’Assemblée générale des Nations Unies sur cette pratique inutile et néfaste à la santé et à la dignité de la femme, le Cameroun enregistre toujours des citoyennes qui la subissent impunément.
Son retard de croissance à la naissance, à cause des problèmes de santé qui l’ont laissée avec un handicap, Gwen a échappé à l’excision, infligée automatiquement à toutes les filles de sa contrée, située dans le département de Manyu, région du Sud-ouest Cameroun. Enseignante du primaire, elle se soumettra à ce rituel, pour dit-elle, acheter l’amour de sa belle-famille.
Une réalité incontournable dans certaines localités du pays, comme les départements du Logone et Chari, du Mayo Sava, du Mayo Danay (dans la région de l’Extrême-nord) et des grandes villes camerounaises qui accueillent de plus en plus des populations en provenance de ces localités et des autres pays où cette culture est encore bien encrée. L’excision est une mutilation génitale féminine (Mgf) ; cette dernière se définit comme l'ablation totale ou partielle des organes génitaux féminins externes pratiquées par une exciseuse traditionnelle avec un couteau ou une lame de rasoir généralement sans anesthésie préalable. La pratique est plus retrouvée dans 27 pays africains, à en croire les Nations Unies.
La culture et la religion sont invoquées pour justifier cette violation des droits des filles et des femmes. « Je fais facilement cinq ans sans voir ma femme ; elle est dans mon village avec mes parents et elle garde nos enfants pendant que moi, je cherche l’argent à Yaoundé. Je ne m’inquiète pas pour sa fidélité parce qu’elle a subi l’opération pour ça quand elle était bébé », indique Abdou, un cordonnier ambulant, rencontré dans les rues de Yaoundé le 4 février dernier. Cet homme de quarante ans évoque l'une des raisons principales qui font perdurer cette pratique au mépris de la mobilisation internationale pour son éradication dans une société patriarcale où la femme est parfois réduite à un objet de satisfaction des plaisirs du conjoint.
Le 6 février a été fixé comme Journée internationale de tolérance zéro aux mutilations génitales féminines en vue de mettre fin à cette odieuse culture.
Pour cette année 2026, le thème retenu pour la commémoration est ; « À l'horizon 2030 : pour mettre fin aux mutilations génitales féminines, un engagement et des investissements soutenus sont indispensables ». Selon les Nations unies, ce thème « souligne la nécessité d'un engagement durable de la part des gouvernements, de la société civile, des communautés, des fondations philanthropiques et de la communauté internationale. Chaque acte d'engagement, qu'il s'agisse d'un changement de politique, d'une initiative de mentorat, d'un espace de dialogue sécurisé ou d'un témoignage de résilience, représente un pas vers un monde sans mutilations génitales féminines. Un financement continu et flexible est essentiel pour protéger les acquis, maintenir l'élan et garantir que les acteurs nationaux et communautaires puissent poursuivre leur travail avec confiance et stabilité. »
Le Cameroun s’est aussi engagé sur cette voie ; cependant, les moyens pour y parvenir ne suivent pas. Les discours ne tranchent pas avec les actions pour parvenir aux résultats concrets. L’on semble parfois sous-estimer l’ampleur des Mgf au Cameroun. Or, d’après le ministère de la Promotion de la femme et de la famille, le taux de prévalence des mutilations génitales féminines est de 14%, sur l’ensemble du territoire national ; il peut atteindre 20% dans les lieux considérés comme des foyers (Extrême-nord et Sud-ouest). Un taux connu depuis 2026.
Selon les articles 277 et 277-1 du Code pénal du 12 juillet 2016, est puni d’un emprisonnement de dix (10) à vingt (20) ans celui qui procède à la mutilation de l’organe génital d’une personne, quel qu’en soit le procédé. Les article 19 et 30 prévoit des déchéances que peut prononcer une juridiction en cas de pratique de mutilations génitales féminines. Depuis une dizaine d’années, avec le concours du ministère de la Promotion de la femme et de la Famille, 92 comités locaux de lutte contre les Mgf, et 150 fonctionnaires de police ont été formés à la prise en charge globale des violences basées sur le genre dont les Mgf dans les régions concernées. Sauf que le déploiement de ces personnels est encore difficile. Les mutilations génitales féminines se font avec l’accord des familles. D’autre part, l’insécurité dans ces zones ne facilite pas le déplacement des personnes censées traquer les acteurs. Pendant que les victimes portent les séquelles pendant leur existence.
Objectif de développement durable n°5
« Aujourd'hui, plus de 230 millions de filles et de femmes ont subi des mutilations génitales féminines et ont besoin d'accéder à des services de soins appropriés. Les enjeux sont importants : on estime que 22,7 millions de filles supplémentaires risquent de subir des MGF d'ici 2030 si aucune mesure n'est prise rapidement. Chaque année, environ 4 millions de filles sont victimes de cette pratique, dont plus de 2 millions avant l'âge de cinq ans », selon les Nations Unies.
« Les mutilations génitales féminines : constituent une violation des droits humains qui porte atteinte aux droits fondamentaux des filles et des femmes. Les lésions infligées aux organes génitaux féminins pour des raisons non médicales peuvent avoir des répercussions à court terme ou à vie sur la santé physique, sexuelle et mentale, depuis l'enfance jusqu'à la vieillesse, en passant par l'âge de procréer », d’après le système des Nations Unies.
« Bien que des progrès aient été réalisés, la moitié des avancées enregistrées au cours des 30 dernières années l'ont été au cours de la dernière décennie seulement, ce qui n'est pas suffisant. Le taux de diminution doit être 27 fois plus rapide pour atteindre l'objectif de développement durable n°5 d'ici 2030 », rappelle l’ONU. Pour estimer que « Mettre fin aux mutilations génitales féminines nécessite un investissement soutenu. Pour chaque dollar investi, le retour sur investissement est de 10 dollars. À l'inverse, l'inaction coûte cher : le traitement des complications sanitaires liées aux mutilations génitales féminines coûte aux systèmes de santé environ 1,4 milliard de dollars par an. »
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