Le Cameroun a besoin d’une loi nationale sur la santé de la reproduction afin d’assurer aussi la protection des femmes et filles vivant dans des zones en insécurité comme le Nord-Ouest et où toute initiative de prévention des risques sanitaires peine à se déployer.
Il ne s’agit pas d’un buzz. Malgré la pudeur reconnue aux Africains, en général, et aux Camerounais, en particulier, des langues se délient de plus en plus face à l’horreur. Ce ne sont plus des discours des organisations de la société civile taxées à tort, peut-être, d’amplifier des discours sur certains faits inexistants, mais des évidences des prestataires des soins qui font froid dans le dos. Une étude réalisée dans un district de santé de la ville de Kumbo, dans la région du Nord-Ouest, atteste que sur 100 filles/adolescentes, 60 étaient porteuses de grossesses. Dans quel contexte ? Peut-on s’interroger.
La recherche publiée en 2018 par Layu Donatius, Dohbit Julius Sama, Joyce Mahlako Tsoka Gwegweni, Samuel Nambile Gumber dans Pan African Medical Journal a été réalisée dans un district de santé à l’Est de la ville de Kumbo. L’étude descriptive transversale a été menée grâce à une technique d'échantillonnage aléatoire simple et 293 participantes âgées de 15 à 19 ans ont été sélectionnées.
Sur les sites choisis pour l’étude, l’on retrouvait des services de consultations prénatales de l'hôpital de district ainsi que les centres de santé. 292 participantes, consentantes, âgées de moins de 20 ans, se sont fait administrer un questionnaire pendant des entretiens en face à face.
LE PLAIDOYER DES ORGANISATIONS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
Cette étude, encore pas très vulgarisée, soulève le problème de l'âge de l'adolescente lors de la première grossesse, la faible utilisation de contraceptifs, le statut socio-économique et la violence physique sont des facteurs fortement associés aux grossesses chez les adolescentes. Parmi les raisons expliquant la faible utilisation de contraceptifs, on note : l'activité sexuelle, le manque de connaissances, la crainte d'effets secondaires (notamment la stérilité ou la peur que le préservatif ne reste coincé dans l'utérus) ainsi que les déséquilibres de pouvoir au sein du couple. L'étude montre que les adolescentes obtiennent principalement des informations auprès de l'école (53 %) et de leur entourage (plus précisément de leurs proches, 20 %).
« Si l'utilisation de contraceptifs ne suffit pas à elle seule à réduire les grossesses chez les adolescentes — bien que la double protection soit très efficace —, il est crucial d'agir sur l'impact de la pauvreté, de renforcer l'autonomie des adolescentes quant à leurs droits et de leur fournir les informations nécessaires pour qu'elles puissent faire des choix éclairés », conclut la recherche.
Il faut dire qu’en 2018, année de la publication de la recherche, le conflit socio-politique, baptisé « guerre du NOSO », comptait deux années d’existence ; l’on peut dire qu’il n’était qu’à ses débuts. Huit ans plus tard, les choses ne semblent pas s’être améliorées au sens positif, tant les cas de viols et autres agressions sexuelles sont de plus en plus dénoncés.
Ces évidences, comme bien d’autres, militent pour le vote d’une loi sur la santé sexuelle et reproductive afin d’apporter des solutions concrètes aux difficultés rencontrées. Le plaidoyer des organisations de la société civile dont la Société des gynécologues-obstétriciens (SOGOC), l’Association camerounaise pour le bien-être familial (CAMNAFAW), leurs alliés et leurs partenaires qu’accompagne le Mouvement ODAS, s’inscrit dans cette logique, à partir des données de terrain.
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