Malgré la révision de la loi régissant le secteur, le pays bute à l’insuffisance des moyens pour la surveillance maritime face aux navires étrangers opérant illégalement dans les zones économiques exclusives
Malgré la révision de la loi régissant le secteur, le pays bute à l’insuffisance des moyens pour la surveillance maritime face aux navires étrangers opérant illégalement dans les zones économiques exclusives
Avec environ 400 km de côtes maritimes, le Cameroun compte plus de 212 000 personnes dépendant de la pêche. D’origine camerounaise ou non, ces individus produisent à peu près 300 000 tonnes de ressources halieutiques par an, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Sauf que ce secteur n’est pas un long fleuve tranquille. La pêche illégale non déclarée et non règlementée (INN) semble y avoir fait son lit, causant des pertes de plus de cent milliards de FCFA (environ 25 millions de dollars) à l’économie nationale chaque année, notamment à cause du manque à gagner, des importations et de perte de stocks.
À cause de ces pratiques non-conformes, le Cameroun a écopé des sanctions de l’Union européenne (UE) qui lui infligera, d’abord en 2021, un carton jaune, pour des défaillances dans le contrôle de la flotte de pêche et l’application des réglementations. Ensuite, en janvier 2023, le pays recevra un carton rouge et sera qualifié de “pays non coopérant” avec l’interdiction d’importer ses produits de pêche dans l’espace de l’UE.
Plusieurs actions ont été entreprises pour sortir de cette position. En plus d’un accord interministériel entre le ministère de l’Elevage des Pêches et des Industries animales (MINEPIA) et le ministère de la Défense (MINDEF) pour le renforcement de la surveillance des eaux qui existe déjà, le 29 avril 2025, lors de la 10e Conférence « Notre Océan » tenue à Busan en Corée du Sud, le Cameroun a adhéré à la Charte mondiale pour la transparence dans la pêche.
Ceci pour promouvoir la transparence des navires, la responsabilité juridique des pratiques afin de réduire les pratiques INN, par l’amélioration de l’accès public aux données des navires ; dans ce sens, la liste de 27 entreprises navales, autorisées à pêcher dans les eaux territoriales camerounaises pour l’année 2025, a été publiée en mars 2025 et celle de 2026 est déjà disponible.
Sur le plan législatif, une nouvelle loi sur la pêche et l’aquaculture a été promulguée le 23 décembre 2024 ; celle-ci interdit la capture d’espèces protégées et l’utilisation de moyens destructeurs, et prévoit des peines et amendes renforcées contre la pêche illégale. Trois décrets du Premier ministre portant application des principales dispositions de la loi de 2024 ont été publiés en mars 2026.
En 2024, le Cameroun a adopté la loi ratifiant l’accord de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) sur les subventions à la pêche, afin de réduire les incitations à la surpêche industrielle et favoriser une gestion durable des produits halieutiques. L’Accord BBNJ réglementant les activités en haute mer a été ratifié en 2026.

La collaboration avec la FAO contribue à développer un plan d’action conforme à l’Accord sur les mesures du type port d’accès (PSMA), qui vise à empêcher aux navires impliqués dans la pêche INN d’utiliser les ports nationaux pour débarquer leurs prises.
Malgré toutes ces mesures, le secteur de la pêche rencontre encore des challenges, comme l’insuffisance des ressources pour la surveillance maritime face aux navires étrangers opérant illégalement dans les zones économiques exclusives (ZEE), la difficulté de traçabilité des navires, l’effectivité de l’application de la loi, la difficile coordination avec les pays voisins, les organisations régionales de pêche et les partenaires internationaux, la difficulté à préserver la pêche artisanale.
Dans un tel contexte, les risques pour le pays vont du maintien des sanctions de l’Union européenne, à la perte de la souveraineté maritime en passant par la menace de la sécurité alimentaire, le manque à gagner fiscal et la dégradation des écosystèmes marins.
Pour combler durablement ces failles, le Dr Aristide Takoukam Kamla, président de l’African Marine Conservation Organization (AMCO) suggère de basculer vers des Systèmes de surveillance satellitaire (VMS/AIS), la digitalisation des licences, la coopération régionale dans le Golfe de Guinée, la formation des inspecteurs portuaires.
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