La révélation de M. Bachirou de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) lors de l’atelier de renforcement des capacités des acteurs de l’Autorité du Bassin du Niger, interpelle sur la nécessité de prendre en compte la gestion des déplacements dans les politiques climatiques.
Au Cameroun, bien que les régions du Nord et de l’Extrême-Nord soient considérées comme les plus affectées par les phénomènes météorologiques extrêmes que sont les inondations et les sécheresses, les autres parties du Cameroun en subissent les conséquences. Les déplacements des populations à la recherche des zones rassurantes pour l’alimentation de leurs bétails ne se font pas sans perturbations sur le quotidien des communautés d’accueil qui comptent sur les mêmes espaces pour leur survie.
A en croire M. Bachirou de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), en 2024, le Cameroun a enregistré 50 000 déplacés transhumants, en dehors des personnes qui ont été contraints aux déplacements à cause des inondations qui les ont délestés de leurs champs et de leurs récoltes. Ces déplacements dus aux conflits agro-pastoraux et aux catastrophes, ont aussi engendré des conflits agro-pastoraux, à cause de la cohabitation difficile entre éleveurs, agriculteurs et pêcheurs. L’avancée du désert dans le septentrion et les conflits socio-politiques dans les zones de bergeries reconnues accentuent la migration vers de nouveaux sites ; c’est le cas de la Haute Sanaga, du Grand Mbam et de la Lékié, connus comme zones agricoles.
Des différends sont régulièrement signalés ici et là. A leur niveau, les autorités résolvent, tant bien que mal ces malentendus afin de préserver la sécurité sociale même si la sécurité alimentaire reste menacée, comme le faisait savoir le chef du village Bokaga, dans l’arrondissement de Bokito, région du Centre, dans un article publié sur le site d’information Mongabay.fr. « Même les produits, qui s’achetaient à vile prix, se vendent très cher et n’existent presque plus sur le marché. Le maïs est très rare. Pourtant, c’est avec cette culture que l’on gère habituellement la période de soudure (entre mars et juillet) », a affirmé Boyomo Ambassa, qui redoute les conséquences néfastes de la transhumance pour ses sujets.
Dans ce même article, Anicet Valéry Ngodebo Seme, le sous-préfet de Bokito, se préoccupe de l’insécurité sociale et sanitaire qui peut en découler. « Au-delà de l’insécurité alimentaire, c’est une cause potentielle de conflit. Et si un conflit survient, il va s’étendre pour devenir ethnique, non plus entre un éleveur et un agriculteur. Nous avons frôlé cette situation, il y a deux semaines au village Balamba ; nous avons dû expulser un berger qui s’est révélé indélicat. Il refusait d’adhérer à toute tentative de solution pacifique. L’autre problème est le risque de propagation des zoonoses et d’autres maladies, parce que les bœufs libèrent souvent des insectes, qui peuvent transmettre des maladies aux populations », s’inquiète-t-il.
Ce qui n’est pas propre au seul Cameroun ; les populations des neuf pays de l’Autorité du Bassin du Niger, parce que pratiquant les mêmes activités, connaissent les mêmes défis.
Pour M. Bachirou, la gestion de la migration mérite désormais d’être intégrée dans les politiques climatiques. Il ne suffira plus de traiter le problème au cas par cas mais de proposer des solutions officiellement reconnues pour rendre cette activité bénéfique. Bien que la Loi du 18 janvier 1996 définisse les règles d'occupation et d'utilisation des terres, y compris les terres pastorales, elle ne se penche pas sur la transhumance. Or, qu’on le veuille ou non, la transhumance rentre aujourd’hui dans le quotidien des différentes communautés.
« L’année 2024 a enregistré le plus grand nombre de nouveaux déplacements de population depuis 2008. Plus de 600 événements météorologiques extrêmes ont été recensés, dont 148 classés comme "sans précédent", déplaçant 824 000 personnes et causant la mort de 1 700 personnes en 2024 », selon le rapport de l’Organisation météorologique mondiale publié en mai 2025. Une situation qui pourrait persister, d’après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) qui avertit sur la possibilité d’une hausse de température d’au moins 2°C d'ici 2100, si rien n’est fait.
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