De l’avis des spécialistes, ces chiffres de la Direction de la santé familiale au Cameroun pourraient baisser avec le respect des engagements internationaux comme le Protocole de Maputo dont l’atelier de domestication de l’article 14 a eu lieu le 23 avril à Yaoundé.
Des responsables de la société civile, des magistrats, des parlementaires et des représentants des administrations publiques se sont réunis le 23 avril dernier à Yaoundé, à l’initiative de la Société des gynécologues-obstétriciens du Cameroun (SOGOC) et de l’Association Camerounaise pour le bien-être familiale (CANAFAW). A l’ordre du jour, la révisions des recommandations de la plénière du 27 mars 2025, tenue à l’Assemblée nationale sur la « domestication de l’article 14 du Protocole de Maputo », texte de la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples relatif aux droits des femmes sur le continent. En son article 14, alinéa 2, le Protocole de Maputo demande aux Etats signataires de protéger la santé des femmes, par l’accès à l’avortement sécurisé, à la contraception et à la maîtrise des naissances, dans certaines situations telles que les agressions sexuelles, le viol, l’inceste ou les atteintes à leur santé physique ou mentale. Le Cameroun l’a signé et ratifié !
Objectifs du développement durable (ODD)
Si le taux de mortalité maternelle au Cameroun a connu une baisse, passant de 742 pour 100000 naissances vivantes en 2010 à 406 pour le même nombre en 2024, il reste encore des efforts à fournir pour atteindre la cible de 258 fixée pour 2030 par le Cameroun et de celle de 70 décès, retenue à l’Assemblée générale des Nations unies, dans le cadre des Objectifs du développement durable (ODD)en 2015. Un travail de fond doit se poursuivre pour attaquer les causes de cette courbe encore haute.
« Les causes des décès maternels réels sont les même depuis ; les hémorragies, les maladies hypertensives qui peuvent provoquer des éclampsies lors de l’accouchement et les avortements qui causent un cas de mort sur cin grossesse », a indiqué le Pr Félix Isseben, gynécologue-obstétricien, membre de la Société des gynécologues-obstétriciens du Cameroun (SOGOC), point focal plaidoyer.
En 2025, environ 8 851 avortements et 139 décès maternels ont été enregistrés en 2025 sur le territoire camerounais, selon la Direction de la santé familiale au ministère de la Santé publique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) relève que l’avortement (interruption volontaire de la grossesse (IVG) dans les 14 semaines de son évolution, est sans risque lorsqu’il est pratiqué dans un cadre approprié ou alors sécurisé, c’est-à-dire, dans un lieu sûr, avec un plateau technique recommandé, un personnel de santé formé et assermenté. L’OMS déplore le fait que près de 45% d’avortement soient pratiqués dans des conditions non-sécurisées et sont responsables de 25 à 30% de décès maternels.
Le Cameroun n’échappe pas à cette réalité. « Compte tenu du caractère restrictif de la loi et de l'ignorance des patientes, celles-ci se tournent vers des charlatans pour avorter. Or, la mise en œuvre du Protocole de Maputo pourrait changer la donne en précisant dans quelles circonstances le personnel de santé est habilité à fournir des soins complets », a révélé le Pr Félix Isseben.
Pour Guy Martial Mendo Ze, expert en santé sexuelle et reproductive chez CAMNAFAW, :
« En 2025, nous avons incité l'Assemblée nationale à tenir une session spéciale sur l'intégration de l'article 14 du protocole de Maputo, au cours de laquelle des recommandations ont été attribuées à différents ministères. »

La projection d’un documentaire coproduit par SOGOC et CAMNAFAW a suscité des vives réactions des participants, dont celle de Marie Louise Ngoko Mambe Epse Tchouante, députée à l’Assemblée nationale qui a souhaité que des aspects de la tradition, comme le silence autour de l’inceste soient aussi pris en compte.
Gaston Komba, le président du conseil d’administration de CAMNAFAW, qui a ouvert l’atelier, ne doute pas un seul instant de l’efficacité d’un dialogue institutionnel responsable, de consultations inclusives et équitables, et d’une approche efficace pour aboutir à des résultats concrets. La présence du groupe de travail ministériel, des magistrats, des directeurs des ministères sectoriels, des parlementaires et des organisations de la société civile lui est plus que rassurant, surtout, de par « l'engagement de la SOGOC à apporter l'expertise clinique, l'expérience des praticiens et la capacité d'écouter et de constater, au sein des structures de santé, les conséquences très concrètes des situations de vulnérabilité, notamment les cas de viol et d'inceste. »
Il dira que : « La synergie des efforts est primordiale ; CAMNAFAW favorise la mobilisation sociale, institutionnelle et programmatique tandis que la SOGOC apporte la force des données scientifiques issues de la pratique médicale orientée vers la recherche de solutions.»
En sa qualité de cheffe du projet de Plaidoyer pour des soins complets d’avortement (ACAC), porté par SOGOC, Rita Yenjong s’est dite satisfaite des avancées pour la domestication du Protocole de Maputo. Elle dit avoir compris que la collaboration avec la CAMNAFAW vient réduire la duplicité dans les efforts, ce qui va aider pour la suite de la démarche.
Une démarche qui a déjà reçu l’adhésion du ministère de la Justice garde des sceaux, comme l’a signifié le magistrat Fonkui, le justifiant par la présence d’une quinzaine de magistrats à l’atelier. Rassurant pour les parlementaires, selon Dr Ngoko Mambe.
Selon le ministère de la Promotion de la femme et de la Famille, 26 féminicides ont été dénombrés au Cameroun entre janvier et mars 2026, parmi ceux-ci, des cas de viols avec peut-être des grossesses non désirées.
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